Corée du Nord…analyse

Assurer la stabilité du régime et donc la succession du Cher Leader ; telles furent les priorités de Pyongyang à la mort de Kim Jong Il. Selon la chronologie officielle, le décès serait survenu samedi 17 décembre à 08h15 à bord du train blindé. Dimanche à 1h du matin, les bases militaires nord-coréennes sont placées en état d’alerte, les patrouilles frontalières doublées, les forces de sécurité mobilisées. Lundi à 09h du matin, dans l’ensemble des agglomérations, les marchés sont fermés et les troupes sont déployés avant qu’à 12h, la nouvelle de la mort soit, enfin, annoncée.
Première interrogation, le Cher Leader est-il mort dans les temps et circonstances décrites. Détail troublant, le train blindé de Kim Jong Il se trouvait à l’arrêt dans sa gare à Yongsong samedi matin. Plus encore, aucun mouvement de ce train pour la journée de vendredi et de samedi… selon certaines informations, Kim Jong Il serait mort vendredi soir dans sa résidence.
Seconde interrogation, les scènes de pleurs hystériques transmissent par la télévision sont-elles réelles ? La propagande joue bien évidement son rôle. S’il est certain que les sentiments de certains nord-coréens vis-à-vis de leur Cher leader sont plus réservés, il faut bien intégrer les interrogations multiples de la population nord-coréenne, toujours globalement persuadé de mieux vivre qu’au Sud… et qu’il existe pour part une forme de sincérité d’un peuple qui se sent désormais orphelin et qui éprouve une vive inquiétude pour l’avenir. Ces inquiétudes furent d’ailleurs (pour d’autres raisons) partagées par l’ensemble des places financières, Séoul allant jusqu’à perdre 4,9%.
Parmi les personnalités ayant rendu hommage au défunt, l’apparition pour la première fois en uniforme militaire de Jang Song-Tae, oncle de Kim (Jang Song Tae, âgé de 65 ans, est le mari de Kim Kyong Hui, sœur de Kim Jong Il), et à la fois membre du bureau politique et responsable des services de sécurité, montre à la fois le soutien de l’armée et l’encadrement familial. Pour autant, le degré de confiance que Kim Jong Un accorde(ra) à son oncle et son épouse n’est pas certain. De fait, Jang Song Tae constitue une incertitude : garant de la succession et de renforcement du pouvoir de son neveu, il pourrait rapidement représenter un obstacle au pouvoir de ce dernier… Autre signe tangible du soutien de l’armée au processus de succession, la présence aux côtés de Kim, à la fois du général Ri Yong Ho (chef d’Etat Major et proche de Kim Jong Il) et celle de O Kuk Ryol, âgé de 80 ans, héritier de la tradition de guérilla du régime et appartenant à la première génération de dirigeants.
L’armée est importante car elle représente une force considérable ; d’abord par son nombre (1,2 millions d’hommes et 4,7 millions de réservistes pour 24 millions d’habitants) mais aussi par son poids économique et social. Avec un service militaire de 8 à 10 ans pour les hommes, peu de familles nord-coréennes n’ont pas un des leurs dans l’armée… Absorbant au minimum 15% du PIB (25% selon les Etats-Unis), assurant des tâches de construction civile mais aussi possédant plus de 130 usines (d’armements comme de productions civiles), des banques, des coopératives agricoles ou encore des maisons de commerce.

Qui est Kim Jong Il ?
Il est difficile de connaître exactement son âge. Il y a encore deux ans, la seule photographie connue de lui était celle d’un enfant de 11 ans. Certes, depuis sa désignation pour succéder à Kim Jong Il en septembre 2010 (promotion au rang de général quatre étoiles et au poste de vice-président de la commission de la défense nationale), différentes manifestations publiques ont permis de le voir. Il serait aujourd’hui âgé de 27, 28, ou 29 ans. Au printemps dernier, il a accompagné son père lors d’un voyage en Chine, confirmant son investiture au poste d’héritier. Pour le reste, gros buveur, en léger surpoids, il souffrirait des suites d’un accident de voiture et serait diabétique. Il aurait suivi ses études en Suisse et parlerait couramment le français, l’Anglais et l’Allemand. Sa jeunesse pourrait être un changement intéressant (son père ayant accédé au pouvoir à plus de 50 ans) comme ses études (possibilité d’être plus ouvert que son père et grand-père). Mais, certains chercheurs sud-coréens affirment qu’il serait l’instigateur du torpillage de la corvette Cheonan en mars 2010 comme du bombardement de l’île de Yeonpeong en novembre 2010…

Quelles conséquences géopolitiques ?
La Chine est clairement inquiète. Pour elle, la Corée du Nord et son régime constituent un « ami » pour le moins encombrant. Leurs relations sont Mais, alors qu’en privé les dirigeants Chinois n’ont pas de mots pour qualifier le régime Nord-Coréens, un ami reste un ami, et la Chine, à travers ses médias a tenu à le souligner. Surtout, il s’agit d’envoyer un message clair au reste du monde : la Corée du Nord reste(ra) dans le giron chinois. Il ne saurait être question de risquer de déstabiliser et/ou de fragiliser le régime nord-coréen au moment où le Kim Jong Un prend le pouvoir, qui plus est, d’un Etat nucléaire. Pour la Chine, qui a peur du chaos à sa périphérie immédiate et qui redoute tout phénomène de type printemps arabe, le cauchemar reste l’effondrement complet du régime et une réunification des deux Corée avec toutes les conséquences : humaines (afflux de réfugiés), économique (coût de la réunification notamment) et plus encore géopolitiques (influence). Voilà aussi pourquoi la Chine a décidé discrètement de renforcer le contrôle militaire de sa frontière du Nord-est. Plus encore, la Chine n’a jamais donné suite aux demandes américaines de mise en place d’une réponse coordonnée entre les deux pays faisant suite à un accident interne en Corée du Nord… De là, le soutien constant et l’absence de condamnations suite aux différentes agressions nord-coréennes.
A l’inverse, pour la Chine, le scénario idéal est celui d’une transformation graduelle de la Corée du Nord en une petite Chine économique, permettant en outre la délocalisation de certaines industries chinoises… Le jeune âge du nouveau leader nord-coréen pourrait permettre une telle évolution graduelle s’inscrivant dans le temps long ; mais aussi dans le soutien politique que la Chine pourrait apporter soit à une direction collégiale en Corée du Nord, soit au renforcement des pouvoirs de Jang Song-Tae, qui est aussi le responsable des investissements étrangers en Corée du Nord…
Et là se situe la véritable fracture géopolitique, entre d’une part la Chine, et peut-être la Russie, privilégiant la stabilité du régime ; et d’autre part entre les Etats-Unis et leurs alliés asiatiques dont l’objectif premier est la fin du programme nucléaire y compris au risque d’un effondrement du régime politique nord-coréen. Washington refuse ainsi d’accorder à la Corée du Nord les garanties de sécurité que cette dernière réclame et exige en premier l’abandon définitif du programme nucléaire militaire. Quant à la Corée du Sud, elle semble tirer avantage aujourd’hui de cette logique d’affrontement.
A défaut de réformateurs internes, influents et suffisamment puissants, le régime de Pyongyang considère que la clé de sa survie repose sur sa capacité de nuisance nucléaire, renforcée par l’ombre protectrice de Pékin.
Il semble très peu probable de voir un effondrement du régime suite à cette succession. Le régime-système ermite nord-coréen devrait à peu de choses, suivre le même cap que précédemment. Néanmoins, l’un des plus grands dangers à présent, c’est que Kim Jong un ressente le besoin de démontrer sa légitimité et sa compétence par le biais d’essais nucléaires ou d’autres provocations militaires…

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